Les poèmes du "Cri de l'Aube" émanent des plumes (et des tripes) de Dimitri Porcu et de Marc Porcu.

En voici deux de Dimitri issus du recueil  "L' Amer du Sud - Petite suite sarde "

Dimitri Porcu et Thierry Renard - bilingue franco-italien - Photos Rosi Giua- Éditions La Passe du vent - Mars 2019

https://lapasseduvent.com/L-Amer-du-Sud.html

 

Sardinia blues  

 

Même avec du temps devant soi…

La légèreté des corps nus de l’été, les bienfaits de la chaleur et de l’eau…

On peut sentir le blues,

pas le “Mojo” qui inspire la créativité  depuis toujours,

mais le blues,

Juste le blues…

Cette parole devenue commune,

Loin des champs de coton.

Penser à  tous

Penser à toutes

Penser à chacun

Regretter une vie,

des vies possibles

Imaginer un futur

avec un autre passé

Penser aux présents

qui arriveront prochainement

Être à l’âge du doute

                   Ouais, t’as raison va!

Rouler,

Rouler des heures, seul,

Sur ces routes connues

Déjà empruntées souvent,

dans cet autre pays qui te façonne à son image, celle en laquelle tu veux croire

Et ces routes te semblent nouvelles, 

Tu “ fais la trace”…

Non, rien du tout va!

Tu ne fais que passer,

 

Tu n’es pas le premier

Tu ne seras pas le dernier

 

Rouler

Rouler des heures, seul,

A vive allure…trop vive allure peut-être.

S’envoyer en l’air, se faire plaisir sur l’asphalte cabossé.

Seul désormais

Plus personne derrière

Même le soleil, dans le rétroviseur est distancé…et disparaît peu à peu.

Semer le soleil,

Cet ami véritable, cet être cher.

Qui peut aussi se révéler dangereux,

Un traître prêt à consumer ton corps jusqu’aux dernières cellules

Rouler

Rouler des heures, seul,

Rejoindre la horde de fourmis rouge au loin,

Les dépasser,

Les ignorer,

Garder la tête droite,

Les yeux fixés sur devant                                   

C’est ça, oui, accélère va!

 

Les cactus entre le parapet te crèvent le cœur,

La bande d’arrêt d’urgence est encore loin…et saturée de toutes façons par tous les cœurs crevés du moment. ..

Rouler

Rouler des heures, seul

Éviter les indications, les panneaux chancelants et déformés comme des corps d’ancêtres en quête de revival…

de reconnaissance

 

Ne pas sortir de cette Superstrada

Rester présent

Rester, seul, mais pas vraiment

L’habitacle est bondé. ..

De souvenirs,  de doutes,  d’amour…

Et de larmes…

 

Superstrada 131 de nuit entre Sant Antioco et Uta…

 

 

Tiraillé

 

Tiraillé de tous bords

Un destin au centre des autres

Les éléments autour font blocs

Pas d’échappatoire à  l’horizon...

Pris dans la tourmente.

L’ego tente de maintenir son cap…

Le capital résistance dans le rouge.

Déficit de temps,

à découvert,

Au carrefour de l’urgence, toutes les directions  sont possibles…

Boussole brisée, GPS en berne,

le choix se restreint malgré tout.

L’étau torture l’intérieur

Tiraillé, en première ligne

Au front des conflits…

A faire, A dire, A être...

Spasmes sociétales,

Psalmodies,

Agitations quotidiennes

Névroses collectives

et autres débats

Ondes brouillées,

Interférences magnétiques

Encéphalogramme en friche

Pensées désaffectées

et conspirations des temporalités

Tiraillé,  sans cesse, sans relâche

Tiraillé par conviction

Tiraillé à quatre épingles

Tiraillé de haut vol

Tiraillé,  tiraillé, tiraillé

Oui

Mais à quand la pause?

Pour le tiraillé

 

Capoterra, spiaggia...aout 2018